A
près les médias indépendants, c'est au tour des journalistes
travaillant pour des médias étrangers tels que Radio Free Europe, BBC,
Deutsche Welle, Voice of America. d'être l'objet des attaques de
Vojislav Seselj, premier vice-premier ministre de Serbie. Et alors que
les menaces de l'OTAN s'intensifient, Seselj rajoute à la liste de ses
ennemis personnels des ambassades étrangères, les soldats de l'OTAN, les
organisations non-gouvernementales. Le problème est plus sérieux qu'il y
a quelques années quand, à la tête d'un parti d'opposition, il rédigeait
une liste de journalistes " non-conformes " qui " auraient dû être arrêtés
ou lynchés ". Celui qui n'était encore récemment qu'un " vojvode serbe "
est devenu le vice-premier ministre de la Serbie et a proféré des
menaces à l'encontre à l'encontre des médias indépendants lors d'une
session parlementaire.
Les rangeant dans la " cinquième colonne " aux côtés du Comité d'Helsinki
des droits de l'Homme de Serbie, des Femmes en noir et des intellectuels
du Cercle de Belgrade, il jure qu'en cas de bombardement, les personnes
figurant sur cette liste seront les premières désignées à la vindicte de
tout patriote. Cette histoire aurait pu être classée sans suite, et mise
sur le compte de la nervosité de Seselj face à l'apaisement apparent au
Kosovo, car il lui est impossible de vivre sans guerre ou conflit. Mais
les autres membres des partis au pouvoir n'ont pas réagi à ses menaces.
Ainsi, depuis longtemps, les autorités serbes promettent une guerre sans
merci aux médias qu'elles ne peuvent contrôler, et leur reprochent leurs
écrits sur les développements de la situation au Kosovo, les accusant de
soutenir les séparatistes de l'UCK (Armée de libération du Kosovo).
L'inflation leur est également attribuée, car on les accuse d'avoir
contribué à créer la pénurie dans les supermarchés.
Cette fois-ci, pourtant, et à cause de la situation actuelle, les
accusations sont plus graves et les experts admettent qu'il ne faut pas
les sous-estimer. Les autorités sont dans une situation de plus en plus
difficile ; l'attention de la population doit donc être détournée des
vrais problèmes que sont la menace des frappes aériennes et la
pauvreté croissante.
Le vice-premier ministre de Serbie n'est cependant pas le seul à accuser
les médias indépendants. Le premier ministre Marjanovic l'a soutenu, et
Zeljko Simic, personnalité importante du parti socialiste de Serbie , a
même déclaré que " les activités des médias soi-disant indépendants
reviennent en général à des actes de trahison. " A Ivanjica, Mira
Markovic, épouse du Président yougoslave Slobodan Milosevic et
dirigeante de la Gauche unie yougoslave (JUL), a également accusé les
médias de trahison. Une autre attaque est venue par la suite des membres
du conseil d'information du Parti Socialiste de Serbie au pouvoir, qui
s'inquiètent fréquemment de " l'offensive contre la Serbie de médias
étrangers possédant des bureaux en Serbie, qui déstabilisent le pays et
réclament une intervention étrangère ".
Nous savons que les campagnes de ce type ont toujours créé des problèmes
financiers aux journaux et radios déjà pauvres. Parfois même, ils ont
été purement et simplement interdits. Cette fois-ci, la peur générale
d'un bombardement éventuel change la donne. Les menaces de Seselj
pourraient signifier une mise sur la touche plus radicale des opposants
politiques. Si les bombardements avaient lieu, le régime serait obligé
d'accepter un compromis au Kosovo. Il lui faudrait alors disposer d'une
base entièrement stable, sans aucune opposition politique.
Seselj est à nouveau chargé de faire le sale boulot par le parti au
pouvoir. Il semble pourtant être allé un peu loin lorsqu'il a déclaré
qu'il " poursuivrait les soldats de l'OTAN dans le monde entier ", et
qu'il prendrait les diplomates étrangers en otages. Depuis que sa liste
de journalistes et de " traîtres " comprend également des diplomates, il
n'est pas apparu en public.
Outre l'Union indépendante des journalistes, qui a publiquement
affirmé que les déclarations du vice-premier ministre devaient être
prises au sérieux, les attaques "patriotiques" de Seselj contre les
médias ont également été condamnées par la Ligue des Socio-Démocrates et
des Réformistes de Vojvodine, qui a réclamé que les positions du Parti
radical serbe soit bannies, et par le Mouvement pour un Renouveau Serbe
(SPO, la principale formation d'opposition), qui a demandé que le
gouvernement se désolidarise des propos de son vice-premier ministre.
Pour l'instant, le gouvernement reste silencieux et attend la solution
de ses problèmes les plus importants. Il semble pourtant que, quoiqu'il
arrive, tremblement de terre ou frappes aériennes, rien n'empêchera le
gouvernement de menacer les médias électroniques de supprimer leurs
permis s'ils ne payent pas une taxe de diffusion temporaire très élevée.
Le gouvernement a déjà réussi à interdire la conférence sur les
"Emissions pour une Europe démocratique ", prévue de longue date et qui
aurait dû avoir lieu à Belgrade il y a quelques jours sous l'égide du
Conseil de l'Europe. Les autorités yougoslaves n'ont eu qu'à refuser les
visas à quatre participants européens, à la suite de quoi Jorgos
Papandréou, ministre grec des affaires européennes et président du
Conseil de l'Europe, a refusé de venir.
La campagne contre les médias indépendants, avec les accusations
classiques de " trahison de la patrie " et de " mercenaires ", ne perd
pas de sa force dans les programmes des médias officiels. Ceci montre
que les autorités ont cette fois-ci l'intention de mettre à exécution
l'appel au lynchage de Seselj.
Snezana RISTIC Alternativna informativna mreza (AIM Belgrade)
4 octobre 1998