Le principe a longtemps été le suivant : on pouvait publier tout
ce que l’on voulait en Serbie, à la seule condition que les libres publications n’aient
qu’une diffusion confidentielle. Comparativement à la situation croate, où la concentration
de la presse, sous le contrôle du régime, atteint un niveau rare, la Serbie pouvait se targuer
de proposer des quotidiens comme Nasa Borba, Dnevni Telegraf ou Danas, des hebdomadaires comme
Vreme ou Evropljanin. Mais la diffusion cumulée de ces titres demeurait dérisoire,
et le pouvoir avait su conserver sa mainmise sur l’essentiel, les médias audio-visuels.
Des combats rituels avaient lieu, à l’encontre surtout des radios privées, comme B 92 ou Indeks.
De son côté, le Monténégro dispose d’une presse libre, qu’illustre l’hebdomadaire Monitor ou le
quotidien Vijesti, toutefois de plus en plus lié au régime de Milo Djukanovic. Alors que Nasa
Borba semble avoir succombé à ses problèmes financiers, l’offensive du mois d’octobre 1998
est d’une ampleur sans précédent. Sous prétexte des menaces de frappes aériennes de l’OTAN,
le régime Milosevic - Seselj a décidé de frapper, sans la moindre ambiguïté, les médias
soupçonnés de ne pas faire preuve de « patriotisme ». Premier visé, le groupe Dnevni
Telegraf - Evropljanin, dont le propriétaire a été condamné à une amende de plus de deux
millions de dinars (environ un million de francs) et dont les locaux ont été saccagés
par la police.
La presse libre n’a plus le droit d’exister en Serbie. En conséquence
de quoi, plusieurs titres, dont Dnevni Telegraf, Evropljanin et Danas ont transporté
leur siège sociale au Monténégro. La riposte serbe ne s’est pas faite attendre : entraves
à la diffusions de ces nouveaux journaux « monténégrins », et surtout attaque directe
contre l’hebdomadaire Monitor, condamné à une amende qui s’élève - pour le moment, le tarif
ne cesse d’augmenter - à près de trois millions de dinars (1,5 millions de francs). Cette
amende est « justifiée » par la diffusion de Monitor en Serbie, mais au nom de quoi la nouvelle
loi de Serbie sur la presse, qui n’est pas
une loi de la Fédération yougoslave, s’appliquerait-elle au Monténégro ?
Les journalistes de Serbie et du Monténégro résistent, comme savent le faire tous
les journalistes, en poursuivant leur travail. L’arme choisie par le régime est à la fois
la plus facile et la plus dangereuse : étant donnée leur fragilité financière, les titres
concernés ne pourront jamais s’acquitter des amendes exigées. Le Courrier des Balkans,
dont l’équipe est basée à la fois à Paris et à Cetinje (Monténégro), commence son aventure
dans ce contexte difficile, mais nous savons bien que l’outil internet échappe encore à la
censure.
L’expression concrète de notre solidarité sera de vous proposer une diffusion en langue
française des analyses, reportages, et chroniques de nos confrères de Serbie et
du Monténégro.
La rédaction du Courrier des Balkans
Jean Arnault DERENS, Bernard DREANO, Sébastien NOUVEL, Emmanuelle RIVIERE, Thierry ROYER