PROCES DES MEDIAS




LE PRIX DE LA PAROLE



On ne lira plus Monitor en Serbie. La police serbe et les services financiers - on s’attend également à une forte aide des volontaires patriotes - vont rechercher et confisquer tout exemplaire de l’hebdomadaire monténégrin qui aurait passé la frontière de Prijepolje. C’est décidé et c’est juste, estiment les dirigeants du régime serbe.

Formellement, tout est « couvert » par la loi. Le tribunal correctionnel de Belgrade a estimé la rédaction de Monitor coupable d’une tentative de destruction violente du système constitutionnel de la Serbie et de la République fédérale de Yougoslavie (RFY).

Cependant, Monitor n’est pas purement et simplement interdit comme le sont les quotidiens Nasa Borba ou Danas... La logique de l’expression judiciaire est implacable : l’hebdomadaire monténégrin indépendant est rangé parmi les organisations terroristes qui luttent par tous leurs moyens pour la désintégration du pouvoir légitime. Seul Dnevni Telegraf a aussi mérité cette qualification.

Une différence subsiste néanmoins : notre hebdomadaire est le premier journal monténégrin qui a été accusé, jugé et condamné à Belgrade, pour tentative de destruction violente du régime en Serbie et en RFY.

Pourquoi le pouvoir serbe a-t-il choisi de s’attaquer à Monitor, et pourquoi en ce moment ? Il y a huit années que Monitor élève sa voix contre une politique de xénophobie, et d’intolérance nationale et religieuse. Est-ce parce qu’il vient du Monténégro ? Si c’est le cas, pourquoi les autres journaux monténégrins n’ont-ils pas étécondamnés ? Il est peu probable que le régime serbe soit si faible qu’il puisse être détruit par les quelque milliers d’exemplaires d’un journal que ne lisent, en général, que des gens éloignés du pouvoir et des centres de décision.

Il est très difficile de se plonger dans la logique d’un système totalitaire. La proclamation de l’organisation étudiante avec la photo du poing levé (pour la publication de laquelle Monitor a été officiellement condamné, NDT) est tout a fait anodine par rapport aux symboles au nom desquels on a détruit des peuples, on ravagé des foyers, brûlé les villes... Bien des crimes ont été commis en ex-Yougoslavie au nom des trois doigts levés de la main (signe de ralliement orthodoxe, NDT). Mais, à l’époque, c’était au nom de quelque chose que l’on disait sacré. Il semble que, maintenant, les trois doigts se sont transformés en un poing de résistance qui n’agit plus en dehors de la Serbie mais en Serbie elle-même. La réaction panique envers les médias, est-elle le signe d’une peur pour la survie ? Est-ce un premier signe de faiblesse ?

Il s’agit également d’une faiblesse du pouvoir monténégrin. L’impuissance du Monténégro est évidente dans le cas de Monitor. Les déclaration du pouvoir monténégrin sur la liberté de la presse et la destruction de l’espace informatif ne comptent pas beaucoup pour notre rédaction. Il est possible que le gouvernement monténégrin ne veuille rien faire de plus.

Tant qu’il le pourra, le pouvoir serbe ne rendra compte de ses actions à personne. Il ne l’a jamais fait, ni quand il détruisait Sarajevo, ni quand Vukovar brûlait, ni quand Knin tombait dans les mains croates, ni quand les Serbes de Bosnie étaient bombardés, ni quand on battait les étudiants à Belgrade, ni quand le régime faisait la guerre au Kosovo...

Le pouvoir agira ainsi tant qu’il le pourra. La résistance est la seule solution. Si on les laisse faire, si on se tait, tout va continuer. Ils vont accuser, juger, poursuivre non seulement ceux qui écrivent et qui parlent, mais aussi tous ceux qui lisent ou écoutent. Nous vivrons alors dans le silence et dans des ténèbres où tout sera permis.



D.Dj.
MONITOR
27 novembre 1998


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Rédaction du Courrier des Balkans
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