RAPPORT 1999 REPORTERS SANS FRONTIERES
INTRODUCTION

  Les pays balkaniques qui ont échappé au conflit yougoslave, telles la Roumanie, la Bulgarie et l'Albanie, peinent à délivrer un message clair quant à leur engagement en faveur de la liberté de la presse. Malgré l'adoption d'une Constitution conforme aux critères européens en matière de droits de l'homme, la démocratie albanaise demeure fragile et incertaine. Cette année encore, elle a failli être emportée par des émeutes d'une rare violence, dirigées également contre les médias. Malgré l'engagement européen de leurs gouvernements actuels, en Roumanie et Bulgarie la "diffamation" et "l'insulte" par voie de presse continuent d'être sanctionnées par des peines de prison. Comme la Grèce voisine qui, en dépit de son appartenance à la Communauté européenne, maintient une législation qui prévoit des peines allant jusqu'à cinq ans de prison pour "diffamation". La Croatie, admise au Conseil de l'Europe en 1996, fournit un des pires exemples de détournement de la législation afin de restreindre la liberté de la presse. Les journalistes de l'hebdomadaire Feral Tribune en ont encore fait l'expérience cette année : ce journal satirique devrait débourser la somme totale de 14 millions de kunas (13,2 millions de francs, 2,4 millions de dollars) d'amendes dans des affaires de "diffamation" et "d'insulte à l'autorité de l'Etat". Près de 600 procès sont actuellement intentés à des journalistes, essentiellement par les proches du président Tudjman.

La palme de la dégradation de la liberté de la presse revient cette année à la Yougoslavie de Slobodan Milosevic. Le conflit du Kosovo s'est traduit par de nombreuses agressions de journalistes, notamment des Albanais, dont certains ont été longuement détenus et questionnés par la police serbe. De leur côté, les membres de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) s'en sont pris à des journalistes serbes : deux ont été détenus pendant quarante jours, un troisième est porté disparu. Les autorités yougoslaves ont multiplié les déclarations agressives à l'encontre de la presse internationale accusée d'avoir déformé la réalité du conflit et pris position en faveur des séparatistes kosovars. Des journalistes ont été privés de visas, d'autres ont été expulsés sans ménagement suite à des reportages critiques sur l'action des forces de l'ordre serbes. Sur le terrain, l'accès aux zones de combats et l'identification des victimes ont été strictement contrôlés par la police. Mais fin 1998, ce sont les médias indépendants serbes qui apparaissent comme les véritables victimes des événements de l'année. Profitant des menaces de frappes aériennes de l'OTAN, les autorités de Belgrade ont déclenché une campagne sans précédent contre la presse indépendante accusée d'être la "cinquième colonne" des ennemis de la Yougoslavie. Trois quotidiens et deux stations de radio ont été fermés en vertu de l'application d'un décret exceptionnel. Une nouvelle loi sur l'information a été adoptée en toute urgence à l'initiative des membres du Parti radical (ultranationaliste). Peines d'amendes astronomiques, saisies à répétition, présomption de culpabilité : l'ensemble de la presse indépendante serbe est pris aujourd'hui pour cible par les autorités et tente désespérément d'attirer l'attention de la communauté internationale sur son sort. L'application de cette nouvelle loi a sonné le glas du plus influent quotidien yougoslave, Nasa Borba, le symbole de la résistance contre le régime de Slobodan Milosevic. La radicalisation du régime serbe ne présage rien de bon pour l'évolution de la Bosnie-Herzégovine, et au-delà, de toute la région. Si la presse de la Fédération croato-musulmane, sous forte tutelle internationale, est en voie de "normalisation", l'élection, en septembre 1998, d'un représentant du Parti radical de Vojislav Seselj dans la Republika Srpska.

 
INTRODUCTION - GRÈCE - MACEDOINE - MOLDAVIE - ROUMANIE - RUSSIE - SERBIE-MONTÉNÉGRO - TURQUIE
 

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