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Les pays balkaniques qui ont échappé au conflit
yougoslave, telles la Roumanie, la Bulgarie et l'Albanie, peinent
à délivrer un message clair quant à leur
engagement en faveur de la liberté de la presse. Malgré
l'adoption d'une Constitution conforme aux critères européens
en matière de droits de l'homme, la démocratie
albanaise demeure fragile et incertaine. Cette année encore,
elle a failli être emportée par des émeutes
d'une rare violence, dirigées également contre
les médias. Malgré l'engagement européen
de leurs gouvernements actuels, en Roumanie et Bulgarie la "diffamation"
et "l'insulte" par voie de presse continuent d'être
sanctionnées par des peines de prison. Comme la Grèce
voisine qui, en dépit de son appartenance à la
Communauté européenne, maintient une législation
qui prévoit des peines allant jusqu'à cinq ans
de prison pour "diffamation". La Croatie, admise au
Conseil de l'Europe en 1996, fournit un des pires exemples de
détournement de la législation afin de restreindre
la liberté de la presse. Les journalistes de l'hebdomadaire
Feral Tribune en ont encore fait l'expérience cette
année : ce journal satirique devrait débourser
la somme totale de 14 millions de kunas (13,2 millions de francs,
2,4 millions de dollars) d'amendes dans des affaires de "diffamation"
et "d'insulte à l'autorité de l'Etat".
Près de 600 procès sont actuellement intentés
à des journalistes, essentiellement par les proches du
président Tudjman.
La palme de la dégradation de la liberté de la
presse revient cette année à la Yougoslavie de
Slobodan Milosevic. Le conflit du Kosovo s'est traduit par de
nombreuses agressions de journalistes, notamment des Albanais,
dont certains ont été longuement détenus
et questionnés par la police serbe. De leur côté,
les membres de l'Armée de libération du Kosovo
(UCK) s'en sont pris à des journalistes serbes : deux
ont été détenus pendant quarante jours,
un troisième est porté disparu. Les autorités
yougoslaves ont multiplié les déclarations agressives
à l'encontre de la presse internationale accusée
d'avoir déformé la réalité du conflit
et pris position en faveur des séparatistes kosovars.
Des journalistes ont été privés de visas,
d'autres ont été expulsés sans ménagement
suite à des reportages critiques sur l'action des forces
de l'ordre serbes. Sur le terrain, l'accès aux zones de
combats et l'identification des victimes ont été
strictement contrôlés par la police. Mais fin 1998,
ce sont les médias indépendants serbes qui apparaissent
comme les véritables victimes des événements
de l'année. Profitant des menaces de frappes aériennes
de l'OTAN, les autorités de Belgrade ont déclenché
une campagne sans précédent contre la presse indépendante
accusée d'être la "cinquième colonne"
des ennemis de la Yougoslavie. Trois quotidiens et deux stations
de radio ont été fermés en vertu de l'application
d'un décret exceptionnel. Une nouvelle loi sur l'information
a été adoptée en toute urgence à
l'initiative des membres du Parti radical (ultranationaliste).
Peines d'amendes astronomiques, saisies à répétition,
présomption de culpabilité : l'ensemble de la presse
indépendante serbe est pris aujourd'hui pour cible par
les autorités et tente désespérément
d'attirer l'attention de la communauté internationale
sur son sort. L'application de cette nouvelle loi a sonné
le glas du plus influent quotidien yougoslave, Nasa Borba,
le symbole de la résistance contre le régime de
Slobodan Milosevic. La radicalisation du régime serbe
ne présage rien de bon pour l'évolution de la Bosnie-Herzégovine,
et au-delà, de toute la région. Si la presse de
la Fédération croato-musulmane, sous forte tutelle
internationale, est en voie de "normalisation", l'élection,
en septembre 1998, d'un représentant du Parti radical
de Vojislav Seselj dans la Republika Srpska. |