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| RAPPORT 1999 REPORTERS SANS FRONTIERES |
| TURQUIE |
En 1998, une dizaine de journalistes ont été
torturés lors de leur détention et au moins soixante
ont été agressés. Près de 260 ont
été interpellés ou incarcérés
pendant de plus ou moins longues périodes pour avoir voulu
exercer librement leur métier. Le nombre de publications
saisies ou de médias censurés a plus que doublé
par rapport à 1997.
Malgré quelques tentatives pour renforcer la législation
sanctionnant la torture et les mauvais traitements infligés
par un agent de l'Etat, ces pratiques sont toujours fréquentes.
La condamnation des violences policières par la justice
demeure tout aussi rarissime. Près de trois ans après
la mort du journaliste Metin Göktepe, le procès
des policiers accusés de ce meurtre se poursuit toujours
à Afyon (Ouest). Après avoir mis près de
deux ans pour réunir les policiers dans le box des accusés,
la cour, en décembre 1998, les a mis en liberté
provisoire.
Les promesses d'une plus grande liberté pour les médias
faites par le gouvernement de Mesut Yilmaz, destitué en
novembre dernier pour "liens occultes avec la mafia",
sont restées lettre morte. La loi antiterroriste, adoptée
en 1991 et amendée en 1995, est à l'origine de
la majorité des poursuites engagées par les autorités
contre les médias et les journalistes, la presse prokurde
et d'extrême gauche étant leur principale cible.
Sans une abrogation de cette loi et la suppression des Cours
de sûreté de l'Etat chargées de son application,
une censure de facto persistera dans le pays sur des sujets
comme l'armée, l'islam politique ou la question kurde. |
Deux journalistes travaillant pour des journaux
d'extrême gauche ont été tués lors
d'opérations policières en 1998. Il est impossible
de dire s'ils ont été victimes de leur activité
professionnelle ou de leur activisme politique.
Début janvier, la Direction de la sécurité
d'Ankara affirme que Burhanettin Akdogdu, étudiant
à l'université d'Uludag et collaborateur du journal
Kaldiraç sous le pseudonyme de Bekir Kilerci, s'est
suicidé dans ses locaux, le 13 décembre 1997. Une
version que réfute son père : il affirme que son
fils est mort à la suite de tortures. Burhanettin Akdogdu
avait été interpellé le 11 décembre
à Bursa. Un témoin affirme qu'il a été
interrogé à deux reprises. Il précise que
la cellule de Burhanettin Akdogdu était vide le 13 décembre,
pour "nettoyage", et qu'il est difficile de se suicider
dans des cellules surveillées 24 heures sur 24 par des
gardiens. Le père de la victime a porté plainte
auprès du procureur de Bandirma (province de Balikesir).
Le 28 janvier, lors d'une intervention dans le quartier de Kiremithane
à Adana, Mehmet Topaloglu, chef du bureau local
de Kurtulus, Selahattin Akinci, vendeur du journal, et
une troisième personne sont abattus. Exécution
extrajudiciaire ou échanges de tirs ? La police déclare
que les trois personnes sont membres du DHKP-C (Front révolutionnaire
de libération), et qu'elles préparaient un attentat. |
| >Nouveaux éléments sur des journalistes
tués avant 1998 |
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Le 19 mars 1998, cinq des onze policiers accusés d'avoir
battu à mort Metin Göktepe, sont condamnés
à sept ans et demi de prison pour "homicide involontaire"
par la cour d'assises d'Afyon (ouest du pays). Les six autres
fonctionnaires de police sont acquittés. Le 17 juillet,
la Cour de cassation infirme ce jugement pour "vice de procédure".
La Cour justifie sa décision par le "manque d'approfondissement"
de l'enquête et la "non-audition" de certains
témoins. Les magistrats demandent notamment que le policier
Murat Polat, acquitté en première instance, soit
également inculpé du meurtre de Metin Göktepe.
Le 20 août, le procès reprend devant la cour d'assises
d'Afyon. Le 1er novembre, Deniz Özcan, principal témoin
du procès Göktepe, est interpellé par la police.
Les policiers l'auraient torturé pour le faire revenir
sur son témoignage. C'est la cinquième fois depuis
le début du procès que ce témoin crucial
est victime de mauvais traitements. Le 11 décembre, la
cour d'assises d'Afyon décide de remettre en liberté
provisoire les cinq policiers accusés du meurtre du journaliste,
qui sont interdits de sortie du territoire. La prochaine audience
devrait avoir lieu le 29 janvier 1999.
Le 31 décembre, Abdullah Argun Cetin est accusé
de "meurtre avec préméditation" et "appartenance
à une bande armée", dans l'affaire de l'assassinat
d'Ugur Mumcu, journaliste du quotidien Cumhuriyet
victime d'un attentat à la bombe le 24 janvier 1993,
à Ankara. Le procureur indique que A. Cetin a été
arrêté le 11 novembre dernier alors qu'il préparait
une série d'attentats contre des proches de l'ex-Premier
ministre Mesut Yilmaz, dont un journaliste, Emin Cölasan.
Cinq ans après les faits, c'est le premier suspect inculpé
dans cette affaire. Mi-juin, la demande de supplément
d'enquête avait été rejetée par le
ministère de la Défense. Cette demande visait à
déterminer si le procureur de la Cour de sûreté
de l'Etat d'Ankara, Nusret Demiral, chargé de l'affaire
au moment des faits, avait pris toutes les mesures nécessaires
à l'aboutissement de l'enquête. En 1997, la Commission
d'enquête parlementaire sur ce meurtre avait mis le procureur
en cause pour "négligence dans l'enquête"
(cf Rapport 1998). Le frère du journaliste, Ceyhan Mumcu,
avait également décidé de saisir la Cour
européenne des droits de l'homme.
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Le 18 février 1998, Abdullah Polat,
reporter du quotidien Ülkede Gündem, est interpellé
à Adana (sud-est du pays). Il est conduit au commissariat
puis à la section de la Direction de la sécurité
de la ville où il aurait été torturé.
Les yeux bandés, il est frappé et menacé
de mort. Lors d'un interrogatoire ultérieur, les policiers
lancent un ultimatum au reporter, en lui ordonnant de collaborer
avec les forces de l'ordre sous peine d'être exécuté.
Le 27 février, le procès des huit policiers accusés
d'avoir torturé 19 personnes au cours de leur garde à
vue, dont cinq journalistes, continue devant la Cour d'assises
n°7 d'Istanbul (cf Rapport 1998). Les fonctionnaires sont
notamment accusés d'avoir violé Asiye Zeybek
Güzel, reporter du journal Atilim (cf. Rapport
1998). Seulement deux policiers étaient présents
à l'audience. Mukkades Celik, qui travaille pour
le même journal, témoigne : "Les policiers
m'ont gardé pendant dix jours assis sur une chaise. J'ai
été insulté et abusé sexuellement".
De son côté, Süleyman Yeter, collègue
de Mukkades Celik, déclare : "Les policiers m'ont
gardé onze jours sur une chaise les yeux bandés.
J'ai été torturé. Je n'ai pas pu utiliser
mes bras pendant six mois".
Le 22 mars Rahmetullah Tepe, reporter du journal prokurde
Özgür Halk, est interpellé à Izmir.
Détenu à la Direction de la sécurité,
il aurait subi des tortures.
Le 21 avril, Yildiz Cakar, reporter du quotidien Ülkede
Gündem, est interpellée en compagnie de deux
autres personnes à Mersin. Les policiers auraient commencé
à la frapper dans l'ascenseur des locaux de la Direction
de sécurité. Après sa libération
le lendemain, elle témoigne : "Un chef de police
appelé Ahmet a agrippé mes cheveux et a frappé
ma tête contre le mur cinq ou six fois. Je suis tombée.
Les policiers ont continué à me frapper pendant
un moment. Ils m'ont menacée en ces termes : si nous te
revoyons dans le journal, nous te violerons puis te tuerons.
Après, on m'a conduit à la section politique, où
j'ai également été menacée."
Le 28 avril, Ugur Türkmen, chef du bureau du journal
Kurtulus à Mersin, est interpellé avec quatre
autres personnes et torturé à la Direction de la
sécurité de la ville. Selon la police, il aurait
été arrêté pour son appartenance au
DHKP-C.
Mi-juin, Dogan Tolu, correspondant local du journal Adana
Osmaniye, est arrêté alors qu'il couvre l'enterrement
d'un militant du DHKP-C, à Kilis. Il déclare avoir
été battu à coups de crosse de fusil par
un policier en civil et torturé pendant sa détention.
Le 16 novembre, Mehmet Eren, reporter de l'hebdomadaire
Hêvi, est interpellé à Diyarbakir
alors qu'il couvre la grève de la faim de militants du
parti politique prokurde HADEP (Parti démocratique du
peuple). Les yeux bandés, il est conduit à la Direction
de la lutte antiterroriste de Diyarbakir. Selon le témoignage
du journaliste, il est accusé de "faire de la propagande
pour les Kurdes en travaillant pour un journal kurde". Déshabillé
entièrement et attaché, les policiers menacent
de le violer. Il est frappé aux testicules. Le journaliste
perd connaissance. Il est frappé à coups de pied
et de poing au visage et au ventre. Après avoir été
aspergé d'eau, il est laissé nu en plein courant
d'air pendant une dizaine d'heures. Pendant neuf jours, il subit
des tortures et les interrogatoires de la police. Il est contraint
d'écouter les enregistrements de hurlements de victimes
torturées. Mehmet Eren est ensuite placé avec douze
autres personnes dans une cellule prévue pour cinq, sa
nourriture est réduite. Lorsque lui et ses codétenus
veulent se rendre aux toilettes, ils sont jetés à
terre et piétinés, obligés d'insulter les
Kurdes et de chanter l'hymne national turc. L'interpellation
de Mehmet Eren n'a été reconnue par la police qu'au
quatrième jour de sa détention. Il est finalement
relâché le 25 novembre. |
Au 1er janvier 1999, le journaliste et sociologue
Ismail Besikçi, arrêté le 12 novembre
1993, est toujours en prison. Cent cinq procès ont été
intentés contre lui, suite à la publication de
trente-cinq livres et de nombreux articles sur la question kurde.
Le 24 juin, la Cour de cassation a confirmé des peines
totalisant trente-sept ans de prison et une amende cumulée
de 3,2 milliards de livres turques (85 000 francs, 15 450 dollars)
pour "propagande séparatiste". Des peines cumulées
de trente ans de prison et des amendes d'un total de 3,7 milliards
de livres turques (98 000 francs, 17 800 dollars) seraient en
suspens. Ismaïl Besikçi a déja passé
plus de quinze ans en prison.
Une centaine de journalistes sont actuellement détenus
dans les prisons turques sans qu'il soit possible d'affirmer
qu'ils le sont pour leurs opinions ou pour avoir exercé
leur profession. En 1998, au moins 22 journalistes ont été
incarcérés (pour une période dépassant
quarante-huit heures). Certains d'entre eux n'ont fait qu'exercer
librement leur métier et n'ont, à aucun moment
de leur activité journalistique, tenu des propos racistes
ou appelé à la violence. Parmi ceux-ci :
Le 26 janvier, Haluk Gerger se présente à
la prison de Güdül à Ankara pour purger une
peine d'un an de prison, confirmée par la Cour de cassation,
pour "propagande d'une organisation illégale armée".
Les poursuites judiciaires ont été engagées
à la suite de la publication, le 15 décembre 1993,
d'un article intitulé "Gündem et le PKK"
dans le quotidien prokurde Özgür Gündem
. Le 1er juin, une deuxième peine de prison est confirmée
par la Cour de cassation. Il est condamné à un
an et huit mois de prison en raison d'un article dénonçant
la présence de l'armée dans la région du
Sud-Est, publié le 30 juin 1995, dans le quotidien d'extrême
gauche Evrensel. Le 16 septembre, Haluk Gerger est remis
en liberté après que son dossier eut été
révisé à la lumière d'un amendement
de la loi antiterroriste datant de 1995.
Le 16 juin, le journaliste Ragip Duran se rend chez le
procureur afin d'être emprisonné. Il avait été
condamné, le 18 décembre 1995 par la Cour de sûreté
de l'Etat n°5 d'Istanbul, à une peine de dix mois
de prison pour "propagande d'organisations terroristes",
sur la base de l'article 7 alinéa 2 de la loi 3713 et
à une amende de 333 333 333 livres turques (8 800 francs,
1600 dollars) en raison d'un entretien avec le président
du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), paru le 12 avril
1994, dans le quotidien prokurde Özgür Gündem
(prédécesseur d'Ülkede Gündem).
Le 23 septembre, la Cour de cassation a confirmé la peine.
Ragip Duran est le correspondant du quotidien français
Libération, où il signe sous le pseudonyme
de Musa Akdemir, et éditorialiste du quotidien prokurde
Ülkede Gündem.
Le 31 juillet, le caricaturiste Dogan Güzel, est
arrêté par la police afin de purger une peine d'emprisonnement
de cinquante mois. Le journaliste avait été condamné
dans le cadre de cinq procès "pour moquerie et insultes
envers l'Etat" sur la base de l'article 159 du Code pénal,
en raison de caricatures parues dans les quotidiens prokurdes
Özgür Gündem et Özgür Ülke
. |
| >Journalistes interpellés |
Au moins 200 journalistes ont été
interpellés au cours de l'année 1998, une estimation
probablement inférieure à la réalité.
Parmi ceux-ci :
Mi-janvier 1998, Kazim Tokuç, chef du bureau du
journal Yeni Asir à Mugla, et le reporter Uygar
Turantekin sont interpellés. Auparavant, un policier
aurait ouvert le feu en direction des journalistes, alors qu'ils
prenaient des photos d'une villa construite par le principal
responsable du coup d'Etat militaire de 1980, Kenan Evren. Ils
n'ont pas été blessés mais leurs pellicules
ont été confisquées. Ils ont porté
plainte auprès du gouverneur de la province.
Le 2 février, Mehmet Horoz, chef de bureau du quotidien
d'extrême gauche Kurtulus, est interpellé
et battu lors d'une conférence de presse organisée
à Antakya (Sud) par des journalistes pour protester contre
l'assassinat de leur confrère Mehmet Topaloglu, à
Adana, le 28 janvier (voir supra).
Le 10 février, des gendarmes interpellent Taylan Baltaci,
reporter du journal Alinteri, alors qu'il couvre une manifestation
ouvrière à Istanbul. Ils auraient ouvert le feu
en direction du journaliste et ont cassé son appareil
photo.
Le 3 avril, six collaborateurs et un chauffeur du quotidien Ülkede
Gündem sont interpellés à Istanbul dans
le minibus du journal. Arrêtés pour un contrôle
routier dans le quartier de Haznedar du district de Bakirköy
à Istanbul, ils sont conduits à la Direction de
la sécurité de Bahçelievler. Après
quatorze heures de garde à vue, le groupe est relâché
sans plus d'explications.
Le 27 mai, Mehmet Sanh Ekin, journaliste du quotidien
prokurde Ülkede Gündem, est interpellé
alors qu'il se présente à la Direction de sécurité
de Bakirköy afin de proroger la durée de validité
de son passeport. Le journaliste est ensuite placé en
détention à la section antiterroriste d'Istanbul.
Il est libéré le lendemain sans plus d'explications
de la part des autorités.
Le 19 juin, Ismail Akar et Faruk Demirel, respectivement
reporter pour le quotidien Cumhuriyet et rédacteur
en chef de l'hebdomadaire local Sandykly Postasy, sont
interpellés par la police et gardés à vue
pendant quatre heures alors qu'ils couvrent une opération
policière.
Le 7 octobre, des policiers prennent d'assaut les locaux du journal
d'extrême gauche Kurtulus. Des ordinateurs sont
détruits et une partie des archives emportée par
la police. Vingt-quatre personnes sont interpellées, dont
les journalistes Aynur Korucu, Nurgül Arzutas,
Özlem Kütük, Gülay Yücel,
Ufuk Dogbay, Bektas Özer, Nebahat Arslan,
Tunay Akin, Kadir Aksu, Selma Kubat, Temel
Altinisik et Fatma Sener.
Le 12 octobre, Abdurrahman Dilipak, éditorialiste
du quotidien islamiste Akit, Ekrem Kiziltas, rédacteur
en chef du quotidien Milli Gazete, et Ahmet Tasgetiren,
éditorialiste du quotidien islamiste Yeni Safak,
sont interpellés par la police. Ils sont officiellement
accusés "d'incitation à la haine religieuse"
dans des articles consacrés aux manifestations qui se
sont déroulées le 11 octobre contre l'interdiction
du port du foulard islamique dans les universités.
Le 24 octobre, Cafer Ocak, reporter du journal
d'extrême gauche Proleter Halkin Birgili (Union
du peuple prolétaire) est interpellé alors qu'il
couvre, avec d'autres journalistes, la manifestation hebdomadaire
des "mères du samedi", place de Taksim, à
Istanbul. Bien qu'il ait montré sa carte de presse aux
membres des forces de l'ordre, le journaliste est conduit au
commissariat de Tarlabasi où il est battu et retenu pendant
vingt-quatre heures.
Le 6 novembre, le journaliste Nevzat Bingöl et le
cameraman Veysi Ipek, travaillant pour la chaîne
de télévision privée ATV, sont retenus
et questionnés pendant plusieurs heures au poste frontière
de Habour, à la frontière irakienne, par des membres
des unités spéciales et du service de renseignements
de la gendarmerie (JITEM). Les journalistes revenaient du nord
de l'Irak. Ils sont interdits d'accès au territoire turc
et doivent passer la nuit sur un pont dans le "no man's
land" entre l'Irak et la Turquie. Ils sont interpellés
le lendemain matin par des militaires turcs qui saisissent leurs
cassettes et les présentent au procureur de Silopi. Le
même jour, quatre autres journalistes, Esat Aydin
d'ATV, Ahmet Besenk et Adnan Sinsek de l'agence
de presse IHA et Soner Gunes de l'agence de presse
CHA, ont été interpellés près
de la frontière pour avoir "filmé sans autorisation". |
Au moins 60 journalistes ont été
agressés au cours de l'année 1998, une estimation
probablement inférieure à la réalité.
Parmi ceux-ci :
Le 13 janvier 1998, des policiers frappent Nazmi Akdag,
reporter de Cumhuriyet, et Abdullah Biçer,
cameraman de la chaîne de télévision TGRT,
au cours d'une manifestation de solidarité envers des
prisonniers en grève de la faim.
Le 19 janvier, Kamil Elibol, reporter du journal Sabah,
est blessé par balles à la jambe alors qu'il couvre
une visite de députés américains de la Chambre
des représentants dans la prison centrale d'Ankara. Cette
attaque pourrait avoir un lien avec la publication d'un article
sur le meurtre d'un prisonnier dans cette prison, le 15 janvier,
attribué à la mafia. Fin janvier, deux suspects,
Murat Dosru et Sertaç Akkus, sont arrêtés
à Ankara. Un dénommé Kasim Gençyilmaz
avoue avoir donné l'ordre à ses hommes "de
blesser le journaliste en raison des mensonges qu'il aurait écrits".
Le 20 janvier, Faruk Arhan, journaliste d'Ülkede
Gündem, Ayten Aydin, journaliste de l'agence
de presse Anatolie, et Hulya Topcu du quotidien
Cumhuriyet, sont frappés par des sympathisants
nationalistes à la sortie d'une Cour de sûreté
de l'Etat à Istanbul.
Le 17 février, la brigade antiterroriste d'Istanbul prend
d'assaut les locaux du journal d'extrême gauche Kurtulus.
Plus d'une cinquantaine de collaborateurs du journal sont interpellés
et les locaux mis à sac. Les forces de l'ordre brutalisent
également des journalistes présents sur les lieux.
Les reporters du quotidien Cumhuriyet, Bertan Aganoglu
et Alper Turgut, ainsi qu'un journaliste du quotidien
Milliyet, Dinç Coban, sont blessés.
Bertan Aganoglu, atteint gravement à la tête, doit
être hospitalisé d'urgence.
Le 23 mars, Özgür Cebe, reporter du quotidien
d'extrême gauche Emek, est hospitalisé après
avoir été frappé la veille par des policiers
lors des célébrations du nouvel an kurde (Newroz),
à Diyarbakir (Sud-Est).
Le 21 avril, au cours d'un procès de policiers accusés
d'avoir torturé à mort un étudiant en 1993
à Aydin (ouest du pays), des membres des forces de l'ordre
font évacuer des journalistes puis les frappent à
la sortie du palais de justice. Mert Ilkutlug, reporter
du quotidien Milliyet, Hakan Gülçe,
journaliste de la chaîne de télévision ATV,
ainsi que l'éditorialiste Celal Baslangiç
et les reporters Selma Yildiz et Ahmet Sik du quotidien
Radikal, sont pris à partie. Des représentants
de la presse régionale sont également malmenés.
La plupart des journalistes sont conduits à l'hôpital.
Le 20 juillet, le Conseil préfectoral estime que les policiers
qui ont agressé les journalistes bénéficient
de l'"immunité" prévue à l'article
5 de la loi sur la responsabilité des fonctionnaires et
ne peuvent donc être jugés. Les journalistes font
appel de cette décision auprès du Conseil d'Etat.
Le 1er mai, au cours d'une manifestation pour la fête du
travail à Istanbul, des policiers frappent Zafer Kuru,
reporter du quotidien Radikal, et le précipitent
du haut d'une rue escarpée. Le même jour, Cemal
Kylyç, reporter du journal Dayanisma, déclare
que des policiers l'ont frappé lorsqu'il a indiqué
sa profession. Blessé, il aurait été jeté
du fourgon de police au lieu d'être conduit à l'hôpital.
Ahmet Sik, reporter de Radikal, ainsi que
trois reporters du quotidien prokurde Ülkede Gündem,
Zülfikar Ali Aydin, Faruk Arhan et Bircan
Degirmenci, sont malmenés par des sympathisants des
"Loups gris" (groupe nationaliste d'extrême droite).
Des journalistes filmant un militant d'extrême gauche en
train d'être rossé par des membres de ce mouvement
sont copieusement insultés. Ekrem Açikel et
Sehrat Suna, respectivement reporter et cameraman de la
chaîne de télévision TGRT, sont, quant
à eux, pris à partie par des militants d'extrême
gauche.
Dans la nuit du 24 mai, vers 2h30 du matin, Adnan Gerger,
journaliste de la chaîne de télévision
privée ATV, est agressé par des inconnus
alors qu'il rentre à son domicile en voiture, à
Ankara. Après lui avoir barré la route, ils le
frappent en lui disant : "Avec tout ce que tu as écrit,
tu croyais que tu allais t'en sortir comme ça ?"
Blessé, le journaliste est conduit à l'hôpital.
A. Gerger enquêtait sur l'attentat dont a été
victime Akin Birdal, président de l'Association des droits
de l'homme de Turquie, le 12 mai 1998 à Ankara.
Le 17 juin, Abdulkadir Konuksever et Esat Aydin,
reporter et cameraman de la chaîne privée ATV,
sont agressés à Diyarbakir (sud-est du pays) alors
qu'ils couvrent le procès de l'ancien maire de Yenisehir,
Mehmet Güran. Des individus proches de ce dernier et membres
du Parti de la vertu (islamiste), seraient à l'origine
de cette agression.
Le 31 juillet, Kerem Türk, reporter du quotidien
prokurde Ülkede Gündem, est agressé devant
le palais de Justice d'Urfa par des policiers en civil qui lui
interdisent l'accès au palais de justice et le frappent.
Kerem Türk souffre de nombreuses contusions au visage, aux
bras et aux jambes. Les policiers ont également tenté
de l'empêcher de porter plainte ainsi que de se faire délivrer
un certificat médical.
Le 29 septembre, Yakup Korkmaz, correspondant de la chaîne
de télévision locale Kanal 68, à
Aksaray (Sud), est battu par des militants du Parti de la vertu
(islamiste) alors qu'il tente d'interviewer le leader du mouvement,
Recai Kutan. D'autres journalites présents sur les lieux
auraient été molestés.
Le 25 septembre, Ahmet Dumanli, reporter du quotidien
Milliyet, Ali Öksüz, cameraman de la
télévision privée Star TV, Serhat
Sunay, cameraman de la télévision privée
TGRT, Adnan Gül, reporter du quotidien Yeni
Yüzyil, et Levent Öztürk, reporter
de la télévision privée Kanal D,
sont agressés par des manifestants, en marge d'une manifestation
contre la condamnation de l'ancien maire islamiste d'Istanbul,
Recep Tayip Erdogan. De nombreux autres journalistes ont été
insultés et menacés par des militants islamistes.
Le 10 octobre, Nihat Celik, reporter du quotidien prokurde
Ülkede Gündem, à Izmir, est agressé
en pleine rue par des policiers en civil et en uniforme alors
qu'il vient d'assister à une conférence de presse.
Le reporter est conduit au commissariat où il est détenu
pendant six heures. Il aurait été menotté,
insulté et frappé. Le bureau du quotidien a porté
plainte. |
Début mars 1998, Mevlüt Bozkurt,
chef du bureau du quotidien prokurde Ülkede Gündem
de Batman (Sud-Est), déclare qu'il reçoit de
nombreuses menaces téléphoniques. Ainsi, un inconnu
lui aurait téléphoné et l'aurait menacé
: "Es-tu prêt à mourir ?"
Le 11 mars, dans le cadre d'une série de mesures coercitives
prises contre le journal Kurtulus (perquisition, saisies
de documents et arrestations, voir supra), la police tente d'arrêter
Fetiserif Minaz, chef du bureau d'Adana et le reporter
Cigdem Gülkaynak. Des membres des forces de l'ordre
menacent les deux journalistes de les tuer en cas de résistance.
Le 3 mai, Erhan Palabiyik, propriétaire du bimensuel
Demokrat Baykan Gazetesi, proteste auprès du sous-préfet
de Baykan (Sud-Est) : le chef de la police filmerait les locaux
à partir d'un véhicule. Le haut fonctionnaire répond
qu'il n'est pas informé. Le mois prochain, cinq collaborateurs
du journal, Baris Göktekin, Cezmi Erdem, Keles
Karasu, Seyitham Ari et Seyidhan Yesilisik,
démissionnent en raison des pressions militaires et policières
dont ils se disent victimes. Erhan Palabiyik déclare
que sa vie et celle de ses collaborateurs sont en danger.
Fin mai, une enquête est ouverte sur Yusuf Akyel, commissaire
de police dans le district de Kadiköy, à Istanbul.
Celui-ci a notamment menacé des journalistes qui attendaient,
devant un hôpital de la ville, des nouvelles d'un jeune
homme qui aurait été torturé par la police.
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En 1998, au moins 34 procès ont été intentés
à l'encontre de journalistes appartenant à 19 médias
différents : Akit (4), Atilim (1), Cumhuriyet
(3), Demokrasi (1), Devrimci Gençlik (1),
Emek (6), Firat (1), Hedef (1), Hêvi
(1), Kurtulus (3), Milha (1), Radikal (3),
Radyo Arkadas (1), Sabah (1), Selam (2),
Yeni Safak (2), Yerel Hizmet (1), Ülkede
Gündem (2).
Le 19 février, suite à la lecture à l'antenne
d'une interview du journaliste Ismail Besikçi publiée
dans Özgür Gündem, le 13 août 1997,
des poursuites judiciaires sont engagées à l'encontre
de la station de Radyo Arkadas, à Adana.
Fin juin, Özcan Güne, reporter du quotidien
Cumhuriyet, et Önder Okutan, reporter pour
le journal local Yerel Hizmet, sont poursuivis en justice
pour avoir participé à la rédaction d'un
communiqué de presse protestant contre la suspension des
programmes d'une radio locale par le Conseil supérieur
de l'audiovisuel (RTÜK).
Le 2 juin, le procès intenté à Hasan
Yavnik, rédacteur en chef du journal local Sabah,
et Zahide Yalçin, reporter, s'ouvre devant le tribunal
de Gaziantep (Sud). Peu auparavant, quatre enfants avaient été
condamnés à des peines de six à neuf ans
de prison pour vol à l'étalage. Le journal avait
titré : "Neuf ans d'emprisonnement pour un kilo de
cacahuètes".
Le 29 juin, Abdullah Kiran est condamné par la
Cour de sûreté de l'Etat d'Istanbul à seize
mois d'emprisonnement pour "propagande séparatiste"
suite à la publication d'un article, le 2 février
1994, dans le quotidien prokurde Özgür Gündem.
Le journaliste a fait appel.
Le 21 juillet, le journaliste Oral Calislar est poursuivi
pour "propagande d'organisation terroriste" (article
8 de la loi antiterroriste). Il avait réalisé,
en 1993, une série d'entretiens avec Abdullah Öcalan,
président du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK)
et de Kemal Burkay en vue de la publication d'un livre. Oral
Calislar est passible d'une peine de prison ferme.
Le 6 août, le procès du journaliste Ahmet Uluçelebi,
chef du bureau du quotidien Atilim à Eskisehir,
s'ouvre devant la Cour de sécurité de l'Etat d'Istanbul.
Il est accusé "d'aide à une organisation illégale"
après s'être associé à la rédaction
d'un communiqué de presse pour protester contre l'attentat
dont a été victime Akin Birdal, président
de l'Association des droits de l'homme de Turquie, en juillet.
Au cours de l'année 1998, le Conseil supérieur
de l'audiovisuel (RTÜK) a prononcé un total de dix
ans et trois cent quarante-deux jours de suspension à
l'encontre de trente-six radios ou chaînes de télévision.
Huit médias ont été suspendus sur la base
de la législation antiterroriste, totalisant une durée
globale de suspension de six ans, 10 mois, et 25 jours : Aktuel
Radyo (1 an trois mois et sept jours), Demokrat Radyo
(1 an et quinze jours), Metro TV (1 mois), Metro FM
(2 ans), Radyo Arkadas (61 jours), Radyo Fon (6
mois), Radyo Karacadag (1 an et sept mois), Show Radyo
(3 mois). Au moins onze d'entre eux ont été suspendus
sur la base d'accusations d'"incitation à la haine
et à la discrimination raciale ou religieuse" : Ak
TV (60 jours), Aktif Radyo (90 jours), ATV
(3 jours), Interstar (3 jours), Kanal D (18 jours),
Kanal 21 (15 jours), Kizil Bayrak (2 jours), Mesaj
FM (60 jours), Özel FM (1 jour), Moral FM
(1 jour), Özgür Radyo (6 mois), Radyo Karadag
(1 an).
Seize médias ont été suspendus pour infraction
à la loi sur l'audiovisuel ou pour des motifs non précisés
: Akra FM (1 jour), Radyo Arkadas (6 mois), Birlik
FM (3 jours), Best FM (7 jours), Cevre Radyo (120
jours), Demokrat Radyo (6 mois), Dolunay FM (1
mois), Flash TV (2 jours), Furkan FM (2 jours),
Hilal TV (1 jour), Kanal 50 (1 jour), Karesi
TV (1 jour), Medya FM (3 mois), Mozaik Radyo
(2 jours).
Au cours de la même période, au moins 23 quotidiens
ou périodiques ont été saisis totalisant
un nombre de 139 jours de suspension : Alinteri (2 jours),
Atilim (20 jours), Alternatif (1 jour), Devrimci
Cözüm (1 jour), Devrimci Gençlik
(1 jour), Direnis (2 jours), Emek (1 jour), Halkin
Günlügü (1 jour), Halkin Birligi (1
jour), Hêvi (2 jours), Kaldiraç (1
jour), Kizil Bayrak (1 jour), Mücadele Birligi
(2 jours), Odak (4 jours), Özgürlüge
Yürüyüs (1 jour), Proleter Devrimci
(2 jours), Proleter Halkin Birligi (3 jours), Selam
(15 jours), Ülkede Gündem (1 mois et 15
jours), Uzun Yürüyüs(1 jour), Yeni Democrat
Gençlik (1 mois), Yeni Dünya Için
(1 jour), Iktidar (1 jour). Au moins trente-cinq éditions
du quotidien prokurde Ülkede Gündem ont été
partiellement censurées.
Le 14 janvier, Radyo Karacadag, située à
Urfa, doit suspendre ses émissions pour une période
d'un mois. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel lui a
infligé cette sanction après la diffusion, le 20
mars 1997, d'un débat sur la fête du Newroz (nouvel
an kurde).
Le 26 janvier, Demokrat Radyo est suspendue pour quinze
jours. La station a diffusé des reportages et commentaires
sur les manifestations organisées dans le cadre de l'opération
"Une minute d'obscurité pour une lumière permanente",
qui dénonce les liens de certains hommes politiques et
fonctionnaires avec la mafia.
Le 11 février, les locaux du quotidien local Batman
Cagdas sont l'objet d'un attentat à la bombe. Aucune
victime n'est à déplorer. Le rédacteur en
chef, Arif Arslan, estime que cet attentat pourrait être
lié à la publication d'un article consacré
à la mafia.
Le 4 juin, le quotidien prokurde Ülkede Gündem
est saisi à Istanbul sur ordre du procureur. Cette mesure
ferait suite à la parution d'un article dénonçant
l'assassinat de neuf kurdes d'Iran par des militaires à
Hakkâri (sud-est du pays).
Le 25 juin, l'édition du quotidien prokurde Ülkede
Gündem est partiellement censurée. L'éditorial
de Mehmet Can Yüce ainsi que celui de Ragip Zarakolu
sur les pressions policières exercées à
l'encontre du propriétaire de Demokrat Baykan,
Erhan Palabiyik (voir supra) sont retirées de l'édition
sur décision du procureur d'Istanbul.
Le 19 août, la radio d'extrême gauche Özgür
Radyo d'Istanbul est suspendue pour "incitation à
la violence, à la haine, à la discrimination raciale
et au terrorisme" (80 jours d'interdiction). Cette sanction
fait suite à la citation d'un article de Semih Hiçyilmaz,
paru le 2 juin dans le quotidien Günlük Emek
, révélant que des villageois kurdes auraient été
assassinés par le JITEM (services de renseignements de
la gendarmerie en Turquie).
Le 24 octobre, le quotidien prokurde Ülkede Gündem
est suspendu pour une période d'un mois par la Cour de
sûreté de l'Etat d'Istanbul suite à un éditorial
de Mehmet Can Yüce sur la question kurde, daté
du 28 août 1997. Selon la Cour, cet article "porte
atteinte à l'intégrité de l'Etat".
Le 2 novembre, cinq mille exemplaires du quotidien d'extrême
gauche Kurtulus sont saisis à l'imprimerie Serler,
à Istanbul par des policiers ne disposant d'aucun mandat
officiel.
Début octobre 1998, les émissions par satellite
de la télévision Med-TV, chaîne privée
proche du PKK émettant de Bruxelles, sont brouillées.
D'après son président, Diler Akrei, ces
signaux de brouillages seraient émis d'une base militaire
turque, les autorités ayant par ailleurs régulièrement
accusé la chaîne de mettre en péril "l'intégrité
du pays". Les émissions de Med-TV avaient
déja été brouillées en décembre
1995 et juillet 1997.
Le 7 février, le bureau du gouverneur de Sunak, province
frontalière de l'Irak, indique qu'il est interdit aux
journalistes de la presse turque et étrangère d'accéder
au poste frontière de Habour, seul point de passage entre
l'Irak et la Turquie. La durée de l'interdiction n'a pas
été précisée. Le même jour,
des reporters voulant se rendre dans le nord de l'Irak en ont
été empêchés par les forces de l'ordre
à Cizre (environ 50 km de Habour).
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