RAPPORT 1999 REPORTERS SANS FRONTIERES
ROUMANIE

En dépit des engagements internationaux du pays - la Roumanie est notamment membre du Conseil de l'Europe -, les autorités de Bucarest ont cautionné en 1998 l'emprisonnement d'un journaliste pour avoir exercé sa profession. Deux de ses confrères ont également été condamnés à des peines de prison pour "diffamation".
Un certain nombre de dispositions du Code pénal, notamment les articles sanctionnant la "diffusion d'informations mensongères", les "offenses envers un représentant de l'autorité" et "l'outrage" restreignent abusivement la liberté d'informer et permettent l'emprisonnement des journalistes. Le ministre de la Justice, Valeriu Stoica, a affirmé, dans un courrier adressé à Reporters sans frontières, avoir personnellement déposé au Parlement une série d'amendements au Code pénal qui concerneraient aussi les articles punissant la "diffamation" et l'"outrage".
Devant l'absence d'une loi adéquate sur le fonctionnement de la presse et la recrudescence des procès pour "diffamation", le Club roumain de la presse, qui regroupe une vingtaine de journaux, chaînes de télévision et radios, a adopté un "code déontologique et éthique du journaliste". Les journalistes s'engagent à respecter "la vie privée des citoyens" et s'interdisent l'utilisation de "moyens illégaux" pour obtenir des informations. "Un conseil d'honneur" serait chargé de surveiller l'application de ces consignes par la presse. La balle est désormais dans le camp du gouvernement : la suspension des peines de prison pour diffamation et, plus généralement, l'adoption d'une loi sur la presse respectueuse de la liberté de l'information, sont d'une urgence absolue dans un pays candidat à l'Union européenne.

>Journaliste incarcéré

Le 25 mai 1998, Cornel Sabou, rédacteur en chef de l'agence de presse privée Trans-Press est condamné à dix mois de prison. Le 21 août, il est arrêté afin de purger sa peine. Il est reconnu coupable d'avoir "diffamé" le juge Mariana Iancu, présidente du tribunal de Baia-Mare (nord du pays), dans un article publié le 3 avril 1997 dans le journal Ziua (Le jour). Le journaliste faisait état des protestations de paysans à l'encontre de la magistrate, accusée d'avoir usé de son influence pour déposséder un village de la région de douze hectares de terres agricoles. Le 26 août, la mère du journaliste entame une grève de la faim pour protester contre l'emprisonnement de son fils. Fin septembre, Cornel Sabou est relâché après avoir passé un mois en prison. Il bénéficierait d'une mise en liberté provisoire d'une durée de trois mois à l'occasion de la naissance de son fils. Début janvier 1999, le journaliste doit retourner en prison afin de purger le reste de sa peine.

>Journaliste interpellé

Le 7 janvier 1998, Michael Foder, journaliste indépendant, est interpellé à Bucarest et gardé à vue pendant vingt-quatre heures sans motif officiel. Il effectuait un reportage sur les liens supposés entre une personnalité politique et un réseau de prostitution. Peu de temps après l'interpellation du journaliste, son domicile a été fouillé par la police.

>Journalistes agressés

Le 3 février 1998, Teodor Vasiliu, directeur d'un petit hebdomadaire local, est violemment battu par un procureur dans les locaux du tribunal de Bucarest, alors qu'il couvre le procès d'une affaire de corruption. Le procureur Constantin Sima, chef du département des enquêtes spéciales du parquet, a frappé le journaliste au moment où celui-ci s'apprêtait à le photographier.
Le 14 mars, deux journalistes sont agressés sur une foire automobile à Suceava (350 km au nord de Bucarest). Adrian Ursu, rédacteur en chef adjoint du quotidien Adevarul, et le photographe Valeriu Tanasoff sont violemment pris à partie par un revendeur accompagné de trois autres personnes qui tentent de leur confisquer les pellicules. Valeriu Tanasoff est brutalisé sous les yeux d'un policier qui refuse d'intervenir. Son supérieur, appelé sur les lieux, demande aux journalistes de quitter la foire. L'enquête des deux journalistes tendait à mettre en évidence l'implication des pouvoirs locaux de Suceava dans l'importation frauduleuse de voitures détaxées en Roumanie.

>Journalistes menacés

Le 6 mai 1998, des journalistes de l'hebdomadaire satirique Academia Catavencu manifestent à Bucarest pour protester contre les pressions dont ils sont l'objet. Auparavant, des dirigeants du Parti national paysan (PNT, au pouvoir) auraient sommé les journalistes de cesser toute critique envers les membres du mouvement. La publication est réputée pour ses investigations qui s'appuient souvent sur des sources des services secrets.

>Pressions et entraves

Le 18 mars 1998, des journalistes expriment leur mécontentement à l'égard des membres du gouvernement et du Parlement qui se montrent de plus en plus réticents à communiquer avec la presse. Alexandru Boariu, reporter du quotidien Adevarul, se voit confisquer son accréditation pour avoir critiqué publiquement le porte-parole du gouvernement, Eugen Serbanescu, et pour être arrivé en retard lors des conférences de presse. En février, les journalistes accrédités à la Chambre haute du Parlement se sont indignés des mesures restreignant l'entrée dans l'enceinte de la salle des débats.

Le 23 juillet, Ovidiu Scultelnicu et Dragos Stangu, journalistes pour le quotidien indépendant Monitorul, sont condamnés pour diffamation à une peine d'un an de prison par le tribunal de Iassi (Nord). Les journalistes sont également privés de leurs droits civils et frappés d'interdiction professionnelle pour une période d'un an. Ils sont, en outre, redevables d'une amende d'un milliard et demi de lei (935.000 francs, 170.000 dollars). Ovidiu Scultelnicu et Dragos Stangu sont reconnus coupables d'avoir diffamé le colonel de police petru Susanu dans un article, publié le 27 mai dans . Les journalistes avaient mis en cause les méthode sde travail du fonctionnaire et l'origine de sa fortune. Plusieurs membres de la famille de petru Susanu étant des magistrats et occupant des fonctions importantes au sein du tribunal de Iassi, les journalistes ont demandé que le procès se tienne dans une autre ville.

 
INTRODUCTION - GRÈCE - MACEDOINE - MOLDAVIE - ROUMANIE - RUSSIE - SERBIE-MONTÉNÉGRO - TURQUIE