|
| RAPPORT 1999 REPORTERS SANS FRONTIERES |
| RUSSIE |
En 1998, deux journalistes ont été
assassinés en Russie pour avoir exercé leur profession
; trois autres cas sont en investigation. Un collaborateur du
quotidien de la Marine, accusé de "haute trahison"
pour avoir enquêté sur la pollution nucléaire,
est en "détention préventive" depuis
novembre 1997. Même si la liberté de la presse est
désormais une réalité "incontestable"
dans le pays, elle n'a jamais été aussi dangereuse
pour ceux qui la pratiquent et la défendent. L'assassinat
à Saint-Pétersbourg de Galina Starovoïtova,
députée et militante des droits de l'homme, en
décembre 1998, a démontré combien le processus
démocratique est fragile et incertain. "Désormais
les gens vont avoir peur de dire ce qu'ils pensent", prédit
un analyste russe, alors que d'autres annoncent avec amertume
"la fin du spectacle de la démocratie russe".
Cette "liberté" et cette "démocratie"
s'avèrent des réalités encore plus relatives
dans certaines régions ou dans des "Républiques
autonomes" comme la Kalmoukie, le Bachkortostan ou le Tatarstan
qui fonctionnent plus comme des "PME gérées
par un patron tyrannique", selon l'expresssion d'un correspondant
français, que de véritables Etats de droit. Les
agressions, voire l'élimination physique, et les menaces
à l'encontre des journalistes sont fréquentes et
attirent peu l'attention de la communauté internationale.
Si les enlèvements de journalistes en Tchétchénie
ont cessé, c'est que les journalistes n'y vont plus craignant
trop pour leur sécurité. Sous l'emprise des milices
locales et des groupes mafieux, c'est toute la région
du Caucase qui s'est transformée en une zone de non-droit.
Alors que le Parlement a ratifié la Convention européenne
des droits de l'homme, les autorités russes n'ont entrepris
aucune action significative pour améliorer la sécurité
des journalistes. En revanche, elles déploient une énergie
considérable pour s'assurer le contrôle de tel ou
tel média, notamment de la télévision.
L'ensemble de la presse russe est devenu le champ de bataille
privilégié des décideurs, qu'ils appartiennent
à l'Etat ou aux puissants groupes financiers. Armes ou
jouets dans les mains des puissants, les journalistes russes
sont sous-payés (60 % d'entre eux gagnent moins de 275
francs, 50 dollars par mois) et vivent dans l'insécurité
autant physique que matérielle. L'année 1998 a
aussi été celle de la crise : les revenus publicitaires
des chaînes de télévision ont chuté
de près de 80%, la pagination des journaux a été
réduite et de nombreux journalistes ont été
licenciés. |
|
Dans la nuit du 7 au 8 juin 1998, Larissa Youdina,
rédactrice en chef du quotidien Sovietskaïa Kalmykia
Sevodnia, est enlevée et assassinée à
Elista, capitale de la République autonome de Kalmoukie
(sud du pays). Le soir du 7 juin, un inconnu se présentant
comme un responsable de l'Agence de codéveloppement auprès
de la présidence de la Kalmoukie, aurait donné
rendez-vous à la journaliste afin de lui remettre des
documents sur des malversations financières mettant en
cause le président de la République, Kirsan Ilioumjinov.
Le 8 juin au matin, la police, alertée par le mari de
Larissa Youdina, retrouve son corps poignardé à
plusieurs reprises dans un étang de la ville.
Le président Eltsine, affirmant qu'on "ne pouvait
faire entièrement confiance aux autorités de la
Kalmoukie", confie l'enquête au procureur fédéral
Pavel Skouratov. Une semaine plus tard, deux anciens fonctionnaires
de la présidence de la République, Serguei Vaskine
et Tiourbi Boskhomdjiev, avouent avoir tué la journaliste.
Un troisième supect est également arrêté.
Le journal de Larissa Youdina était en conflit constant
avec le régime du président Ilioumjinov, par ailleurs
puissant homme d'affaires. La journaliste enquêtait depuis
un an et demi sur une société, Aris, liée
au Président, et qui octroyait des régimes d'exemptions
fiscales aux entreprises s'installant sur une zone off-shore
de la République. Elle a notamment écrit que cette
pratique s'accompagnait de pots-de-vin versés par les
entreprises à la présidence kalmouke. Seul journal
d'opposition de cette république du Caucase russe, Sovietskaïa
Kalmykia Sevodnia a été menacé
à plusieurs reprises de fermeture par les autorités.
Depuis 1993, Larissa Youdina aurait reçu de nombreuses
menaces de mort suite à ses articles sur la fortune et
la personnalité du président Ilioumjinov.
Le 15 juin, Kirsan Ilioumjinov sort de son silence pour rejeter
toute implication dans cet assassinat. Il accuse les médias
de "faire trop de bruit sur cette affaire".
Le 19 juin, les trois suspects inculpés dans le meurtre
de Larissa Younida sont transférés de leur lieu
de détention en Kalmoukie dans une prison située
à Stavropol afin de prévenir toutes pressions ou
fuites durant l'enquête.
Le 30 juin, un quatrième suspect, Serguei Lipin, libéré
de prison un jour avant le meurtre de la journaliste, est arrêté
dans le cadre de l'enquête. S. Lipin est accusé
d'avoir dissimulé le corps de la victime.
D'après Vladimir Ustinov, directeur exécutif du
bureau du procureur général dans le Caucase du
Nord, les quatre suspects sont passés aux aveux et leur
responsabilité dans le meurtre de Youdina est certaine.
Les mobiles du crime restent à éclaircir. Le 30
juin, Igor Tkachev, responsable de l'enquête, et Leonid
Zubarev, chef du Service de sécurité fédéral
(FSB) à Elista, déclarent qu'ils sont désormais
sûrs que L. Youdina a été tuée pour
son travail de journaliste. Tout porte à croire que l'entourage
de Kirsan Ilioumjinov serait à l'origine de ce meurtre.
Un des meurtriers a déclaré être un représentant
de l'agence Aris, mise en cause dans les reportages de la journaliste.
Le 20 août, Anatoli Levine-Utkine, rédacteur
en chef adjoint de l'hebdomadaire Youridicheski Peterbourg
Sevodnia (Le Pétersbourg juridique aujourd'hui), est
retrouvé inconscient dans la cage d'escalier de son domicile,
à Saint-Pétersbourg. Le journaliste a été
agressé par un groupe d'inconnus qui lui ont volé
l'attaché-case contenant des textes destinés à
l'édition du journal et une pellicule photographique.
Anatoli Levine-Utkine est transporté d'urgence dans un
état comateux à l'hôpital où il décède,
le 24 août, suite à ses blessures. Peu avant cette
agression, l'hebdomadaire Youridicheski Peterbourg Sevodnia
avait publié une série d'articles sur la lutte
que se livrent à Saint-Pétersbourg différents
groupes financiers dirigés par des hommes politiques d'influence.
L'hebdomadaire avait également publié une enquête
sur le fonctionnement des douanes. Suite à ces articles,
la rédaction a reçu de nombreux appels téléphoniques
de hauts responsables demandant l'identité des informateurs
du journal. Enfin, l'hebdomadaire a dressé dans
ses précédentes éditions un bilan plutôt
positif du gouvernement de Serguei Kirienko, récemment
limogé. Selon Alexei Domnine, rédacteur
en chef de l'hebdomadaire, l'agression de Anatoli Levine-Utkine
serait une mesure de rétorsion : "On a voulu probablement
l'intimider, le menacer, afin de lui soustraire des informations
sur nos enquêtes", affirme M. Domnine. "Mais
Anatoli n'était pas le genre de personne à se laisser
faire, d'où sa mort", poursuit le rédacteur
en chef.
Trois autres journalistes ont été tués
en Russie. Au 1er janvier 1999, il est impossible d'affirmer
qu'ils ont été assassinés en raison de leurs
activités professionnelles.
Dans la nuit du 30 au 31 janvier, Vladimir Zbaratski,
journaliste de l'agence de presse Itar-Tass, est mort
après avoir été tabassé par des inconnus
à Moscou. Le journaliste a été attaqué
alors qu'il rentrait chez lui après le travail. Il décède
quelques heures plus tard. L'agence de presse n'évoque
pas d'éventuels motifs professionnels pour expliquer ce
crime.
Le 3 avril, le corps de Ivan Fedunin, chef du service
politique du quotidien Brianskye Izvestia, est découvert
dans son appartement à Briansk (sud-ouest de Moscou).
Le journaliste vivait seul. La milice a relevé sur son
corps quatorze blessures dues à des coups de couteau .
Selon les policiers, sa mort remontait à deux jours.
Le 6 avril, Lira Lobach, journaliste de la télévision
d'Etat de Tomsk (nord-est de Novosibirsk), est retrouvée
morte dans une forêt à proximité de la ville,
étouffée par une écharpe. Elle effectuait
un reportage sur une personne torturée par la milice.
La journaliste aurait reçu des appels anonymes la menaçant
de mort.
|
| >Nouveaux éléments sur des journalistes
tués avant 1998 |
Le 9 février 1998, la police de Moscou
annonce qu'un colonel en retraite, Pavel Popovskikh, soupçonné
d'avoir participé à l'assassinat de Dmitri Kholodov,
a été arrêté la semaine précédente.
Ce journaliste du quotidien Moskovski Komsomolets avait
été tué en octobre 1994 par l'explosion
d'un attaché-case piégé dans son bureau.
Il enquêtait sur la corruption dans l'armée (cf
rapport 1995 et 1996). Le 12 février, le bureau du procureur
général inculpe officiellement le colonel Pavel
Popovskikh d'avoir commandité et participé à
l'assassinat de Dmitri Kholodov. Il restera en prison jusqu'à
l'ouverture du procès. Le 19 février, un nouveau
suspect, Vladimir Morozov, est arrêté. Il est capitaine
parachutiste et a servi dans l'unité de Pavel Popovskikh.
Début mars, le procureur général Youri Skouratov
se dit convaincu que Dmitri Kholodov a été tué
pour ses activités journalistiques. Selon l'enquête,
le colonel Popovskikh aurait appelé le journaliste pour
lui donner des documents sur des officiers de haut rang dans
l'armée, mais à la place, il lui aurait fourni
l'attaché-case mortel. Début avril, un troisième
suspect, Konstantin Barkovski, ancien parachutiste retiré
de l'armée en 1993, est arrêté.
Le 20 juillet, deux autres suspects sont arrêtés
dans cette affaire. Il s'agit de Alexandre Kapuntsov, directeur
de l'agence de sécurité privée Ross, dont
Vladimir Morozov serait également un des dirigeants, et
le major Alexandre Soroka, un parachutiste. Ce dernier est accusé
du meurtre du journaliste et Alexandre Kapuntsov de complicité
de meurtre et détention illégale d'armes et d'explosifs.
Les enquêteurs rejettent vigoureusement les soupçons
portés sur l'ancien ministre de la Défense Pavel
Gratchev et son fils (cf. Rapport 1995).
Fin février 1998, les policiers enquêtant sur le
meurtre de Vladislav Listiev (cf. rapports 1996 et ultérieurs),
indiquent que la Suisse leur a fourni "des documents sur
les activités commerciales de certains associés
de la première chaîne de télévision
ORT, dont Listiev", directeur d'ORT qui a
été abattu par un inconnu devant son domicile,
le 1er mars 1995. Le procureur général Youri Skouratov
indique que les enquêteurs travaillent sur plusieurs pistes,
dont l'une concerne les liens entre le journaliste et certains
annonceurs publicitaires. Ces informations ont "mis en lumière
des relations d'affaires qui ont pu motiver le meurtre",
affirme le procureur. Début avril, Piotr Triboy, enquêteur
spécial du procureur général, déclare
qu'il va entendre Boris Berezovoski, richissime banquier, propriétaire
d'un holding médiatique et actuel président de
la Communauté des Etats indépendants (CEI), en
qualité de témoin dans le dossier du meurtre de
Vladislav Listiev. En août, l'hebdomadaire Obchaya Gazeta
rapporte que le Service fédéral de sécurité
(FSB) a arrêté un groupe de tueurs professionnels,
à Ferghana, en Ouzbékistan. Ils auraient confessé
le meurtre du journaliste.
Début avril, le lieutenant-colonel Doljenko, procureur
militaire adjoint du commandement du Caucase du Nord, indique
à Zara Khadjiev qu'aucune enquête n'avait été
ouverte en 1996 et 1997 sur la mort de son mari car l'armée
n'était pas officiellement saisie, tant au ministère
de l'Intérieur qu'au ministère de la Défense.
Ramzan Khadjiev, correspondant de la première chaîne
de télévision ORT, a été abattu
de deux projectiles tirés par un blindé russe sur
un barrage fédéral posté à la sortie
de Grozny, en Tchétchénie, en août 1996.
(cf. Rapports 1997 et 1998). Pourtant, la simple publication
d'informations dans la presse aurait pu permettre l'ouverture
d'une enquête, selon la législation russe. |
En avril 1998, la mise en détention de
Grigory Pasko est prolongée par le procureur militaire
de la région de Vladivostok (extrême Est). Le capitaine
Grigory Pasko, travaillant pour le quotidien de la Marine
Boevaya Vakhta (Sentinelle de combat) est emprisonné
depuis le 20 novembre 1997. Selon un officier du Service de sécurité
fédéral (FSB), Grigory Pasko est accusé
"d'avoir recueilli des secrets d'Etat dans le but de les
transmettre à des organisations étrangères"
(article 275 du Code pénal). Le journaliste, alors correspondant
militaire de Boevaya Vakhta à bord du pétrolier
russe TNT 27, aurait filmé des scènes de déversement
de déchets radioactifs liquides en mer du Japon. Ces images
diffusées par la télévision japonaise NHK
avaient suscité un grand débat au Japon. Il aurait
également écrit des articles sur la pollution entraînée
par le quasi-abandon des sous-marins nucléaires de l'armée
russe et l'implication du FSB dans un trafic de déchets
nucléaires.
Le 14 octobre, le procès du capitaine s'est ouvert, à
huis-clos, devant le tribunal militaire de Vladivostok. Ses avocats
n'ont pas le droit d'informer la presse sous peine d'être
dessaisis du dossier. Ils demandent que le procès ait
lieu devant la Cour suprême ou, au moins, devant la cour
d'un autre district afin d'éviter les pressions des militaires
locaux. Le juge ajourne le procès dans l'attente d'une
décision de la Cour suprême de Moscou. Le 26 novembre,
les juges militaires de la Cour suprême examinent la plainte
des avocats du journaliste demandant la modification des conditions
de détention de Grigory Pasko. Selon ses avocats, la détention
"préventive" du journaliste ne peut se justifier
par la "gravité de l'accusation". Ses avocats
rappellent le cas de Sergueï Nikitine, jugé à
Saint-Pétersbourg pour avoir lui aussi "révélé
des secrets d'Etat" à une organisation écologiste
norvégienne, sans être pour autant incarcéré
pendant la durée de l'enquête. Les avocats demandent
que "la loi appliquée à Saint-Pétersbourg
le soit également à Vladivostok". La défense
du capitaine souligne également que Grigory Pasko n'a
opposé aucune résistance aux enquêteurs et
a toujours pleinement contribué à l'investigation.
Amaigri, malade, il serait actuellement à l'hôpital
de la prison. Les juges rejettent la demande des avocats et maintiennent
sa mise en détention.
|
Le 16 mars 1998, des inconnus frappent Timour
Koukouev, cameraman d'une chaîne de télévision
locale et correspondant d'ORT à Makhatchkala (république
du Daghestan). Ils lui auraient vivement conseillé de
ne plus filmer "en territoire étranger". Le
journaliste est l'auteur d'un reportage diffusé sur ORT,
le 9 mars, consacré aux formations paramilitaires de cette
République. Les autorités de Makhatchkala ont ouvert
une enquête.
Le 16 avril, Stanislav Kholopov, rédacteur en chef
de l'hebdomadaire Stranitza-C, est poignardé par
deux inconnus à proximité de son domicile à
Saransk (Sud). Il est conduit d'urgence à l'hôpital.
Selon des sources locales, le journaliste aurait été
victime d'une agression suite à des articles publiés
sur des actes de torture commis par la police. Ces révélations
avaient entraîné des poursuites pénales contre
des membres des forces de police et des hauts fonctionnaires
de la région.
Mi-juin, Semen Aguéev, employé du quotidien
Sovietskaïa Kalmykia Sevodnia, est battu dans un
autobus à Elista, capitale de la République autonome
russe de Kalmoukie (sud du pays) alors qu'il livre des exemplaires
du journal. "Vous devriez être tous tués",
ont lancé ses agresseurs avant de le jeter hors du bus.
La rédactrice en chef du journal, Larissa Youdina, a été
assassinée le 8 juin (voir supra).
Le 1er juillet, Igor Roudnikov, rédacteur en chef
de l'hebdomadaire d'opposition Novye Kolossa, à
Kaliningrad (enclave russe en Ukraine), est retrouvé inconscient
à son domicile après avoir été frappé
avec une barre de fer. Il souffre de lésions cérébrales.
Au cours des six derniers mois, Novye Kolossa a été
victime de deux attentats à la bombe. La police considère
que l'agression de Roudnikov est liée à ses activités
journalistiques.
Le 29 juin, Serguei Bachinin, rédacteur en chef
de Viatsky Nabludatel, est retrouvé blessé
et inconscient à son domicile, à Kirov (Sud). Il
a probablement été attaqué et battu deux
jours plus tôt. Le journaliste a été hospitalisé
souffrant d'un traumatisme crânien ayant provoqué
une amnésie. Viatsky Nabludatel, journal indépendant
et critique, est en conflit permanent avec les autorités
locales depuis sa création en 1991. Récemment,
Serguei Bachinin avait publié un article sur la fortune
du fils du gouverneur.
Le 14 août, Sergei Fufaev, reporter du quotidien
Otechestvo, connu pour son ton critique à l'égard
des autorités de Ufa, dans la province du Bachkortostan,
est battu par trois jeunes hommes. Ses agresseurs lui auraient
intimé l'ordre de quitter la ville avant de le frapper.
Fufaev a déclaré qu'il considérait l'incident
comme un acte de "terrorisme politique" et qu'il avait
l'intention de faire appel aux services de sécurité
fédéraux pour assurer sa protection.
Le 8 août, Viktor Shmakov, rédacteur en chef
du magazine Vmieste, est attaqué à Ufa,
dans la province du Bachkortostan. Deux personnes inconnues sont
entrées dans son appartement et l'ont battu. Selon la
presse locale, Shmakov aurait été attaqué
pour ses investigations sur la corruption au Bachkortostan. |
En mars 1998, Elena Erikssen, rédactrice
en chef du magazine Ludi, indique qu'elle a reçu
plusieurs menaces de mort. Elle présume que les auteurs
de ces menaces sont des représentants d'Onexim-Bank. Le
journal détiendrait un film vidéo montrant le vice-Premier
ministre Boris Nemtsov en compagnie de jeunes femmes dénudées
dans un sanatorium appartenant à la banque.
Début avril, Youri Buïda, journaliste du quotidien
Izvestia, déclare qu'il a reçu des appels
téléphoniques le menaçant de mort ainsi
que sa famille. Ces menaces viendraient d'une organisation islamiste
suite à la publication d'un article sur la traduction
en russe du livre "Les versets sataniques" de l'écrivain
Salman Rushdie.
Le 20 novembre, le gouvernement tchétchène menace
d'interdire l'accès de la République aux journalistes
si ces derniers n'utilisent pas le nom d'"Itchkérie"
pour désigner leur territoire. En outre, les journalistes
doivent employer le mot de "Djokhar", du nom de l'ancien
président tchétchéne Djokhar Doudaïev,
et non celui de Grozny pour désigner la capitale de la
République. |
Le 24 janvier 1998, Boris Eltsine signe un décret
sur les informations qui relèvent du domaine du "secret
d'Etat" et qui ne peuvent donc être publiées
dans la presse. Sur la liste figurent, entre autres, le volume
d'import-export de la CEI, celui de la production d'or et de
métaux précieux, la santé du Président,
etc. Ce décret autorise également les ministères
concernés à constituer leur propre liste de sujets
"sensibles".
Le 26 janvier, le tribunal municipal de Neftekamsk, en république
de Bachkortostan, décide la fermeture du quotidien Vetcherni
Neftekamsk, suite à la publication de "fausses
informations" concernant les autorités locales.
Le 27 janvier, à Oulianovsk (Centre), des manifestants
protestent contre le harcèlement dont font l'objet les
journalistes locaux. Depuis sa victoire aux élections
de décembre 1996, le gouverneur Iouri Goryatchev a entamé
de nombreuses poursuites judiciaires à l'encontre des
médias qui l'ont critiqué.
Le 28 janvier, Vitali Ponourov, président de la
compagnie de radiotélévision de la province de
Tcheliabinsk, demande que toute diffusion d'informations sur
les hauts fonctionnaires soit approuvée au préalable
par le premier vice-Président de la région. Cette
décision intervient après qu'un militant des droits
de l'homme a critiqué à l'antenne un responsable
de la province.
Le 31 janvier, des inconnus incendient la rédaction du
journal Zori Manitcha (région de Rostov). Le rédacteur
en chef de la publication, Evgueni Tkatchev, avait mené
en novembre dernier une grève de la faim pendant plusieurs
semaines pour protester contre le détournement des fonds
alloués au journal par l'administration de la région.
Le 11 février, le président de la République
autonome du Tatarstan, Mintimir Shaimiev, limoge Nail Khousoutdinov,
directeur de la radiotélévision locale : celui-ci
n'aurait pas retransmis son discours de la veille.
Le 3 février, le leader ultranationaliste Vladimir Jirinovski
est relaxé pour manque de preuves dans le procès
que lui avait intenté la journaliste Ioulia Olchanskaia
de TV-Centre. Le 8 mai 1997, elle dit avoir été
séquestrée, puis insultée et maltraitée
dans la voiture du député (cf rapport 1998).
Le 22 avril, le tribunal du Tatarstan ordonne la fermeture d'Altyn
Ourda, le journal du parti Ittifaq (opposition). Ce dernier
aurait violé l'article 11 de la loi sur les médias
de la République en publiant plusieurs articles jugés
"insultants" à l'égard du président
Mintimir Shaimiev.
Le 26 mai, le président Eltsine se dit "mécontent"
de la manière dont les médias ont couvert la grève
des mineurs qui a paralysé une partie du pays pendant
une dizaine de jours. Il demande aux directeurs des chaînes
de télévision de "suivre les positions de
l'Etat dans ce genre de conflit".
Le lendemain, le gouvernement russe décide de renouveler
son soutien financier à la radiotélévision
d'Etat VGTRK. La chaîne bénéficie
déjà de tarifs de transmission préférentiels
et contrôle l'ensemble des centres de transmission régionaux.
Cette décision serait motivée autant par "l'attitude
négative" des anciennes chaînes d'Etat NTV
et ORT, dont le capital est passé aux mains d'actionnaires
privés, que par la perspective de l'élection présidentielle
en 2001.
Le 24 juillet, le commandant militaire de Tchétchénie
suspend les transmissions des chaînes de télévision
russes ORT, RTR et NTV sur l'ensemble du
territoire de la République. Il les accuse de diffuser
des informations "partiales, déformées et
non sérieuses".
En septembre, Guenadi Seleznev, président du Parlement,
envoie une lettre confidentielle au Premier ministre Evgueni
Primakov, critiquant violemment les médias privés,
notamment les chaînes de télévision et l'agence
de presse Ria-Novosti. Selon le député,
un Conseil de l'audiovisuel comprenant des représentants
du gouvernement, de la Douma (au sein de laquelle les communistes
sont majoritaires) et de la Cour suprême devrait "reprendre
en main" un certain nombre de médias.
Le 16 septembre, le Premier ministre russe Evgueni Primakov,
récemment nommé, ordonne aux responsables des services
de presse des différents ministères et des administrations
de ne plus donner d'informations aux journalistes sans autorisation
préalable.
Le 11 novembre, le responsable du Parti communiste, Guennadi
Ziouganov, demande au gouvernement d'exercer un contrôle
plus actif sur la télévision qui est, selon lui,
"la principale force de déstabilisation dans la société".
Il demande notamment au Premier ministre Primakov de mettre en
place des conseils publics d'observation pour chaque chaîne
de télévision, "ayant le pouvoir nécessaire
pour réguler et contrôler le contenu des programmes
dans l'intérêt de la majorité de la population". |
|